C'était prévu de longue date: on allait passer une petite semaine à camper sur l'île d'Aix pour fêter le départ du voilier Totoro autour de l'Atlantique.

Après quelques millisecondes de réflexion, je m'étais engagé à traverser la France avec le Pétrel. A part la remorque à changer (la précédente, très légère, a rendu l'âme en allant à la déchetterie avec un chargement fatal), je n'avais pas grand chose à faire. Les essais de la nouvelle configuration, avec le large pont plat, sur le lac l'an dernier m'ont mis en confiance et le gréement est au point. 

Je changeais donc avantageusement la remorque bricolée pour une remorque de semi-rigide, qu'on aurait crue presque faite pour le prao. Inespéré !

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Nous mettons à l'eau à la cale de la plage nord de Fouras. On découvre qu'il n'est pas très malin de s'installer sur la vase pour assembler un bateau.

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Les enfants et leur maman prennent le ferry alors que débarque mon matelot pour la traversée. La voiture et la remorque sont abandonnées à 15 minutes à pied de la cale, au parking gratuit. Nous terminons d'assembler et de gréer sous le regard de quelques curieux. Les gens qui osent nous aborder connaissent et reconnaissent les praos. Toutefois, ça ne fait pas beaucoup de monde.

La marée haute arrive à l'heure dite pour nous décoller de la vase. Nous hissons la voile dans un joli vent de force 3-4. On borde. Ca démarre ! Et c'est parti pour environ 2 heures de près avec un peu de clapot. Le bateau rebondit doucement en donnant une impression de vélocité, de relancer sitôt la vague franchie. C'est doux, rigolo et humide aussi. Au 2e bord, au niveau de la Pointe de la Fumée, on casse une poulie à l'étrave: celle qui fait passer le va-et-vient et qui tient le point d'amure. J'ai une poulie de rechange pour réparer. Faudrait que je refasse cette liaison. Sur lac ce n'est pas gênant, mais dans le clapot, la voile se balance de façon disgracieuse et préoccupante. Je m'arrangerai pour que le point d'amure ne puisse pas bouger une fois le va-et-vient frappé au taquet. Moyennant un peu de contreplaqué et d'époxy, plein de choses sont possibles.
Bientôt nous passons le Fort Enet, puis nous arrivons sur la plage sous le vent de l'île. Un comité d'accueil est là. Nous accostons "à l'américaine" dans le sable, voile bordée. On vide le matériel puis de nouveaux matelots viennent pour tirer des bords dans la baie. Finalement, on range le bateau sur la plage avant que la marée ne descende de trop et qu'on soit trop en retard pour l'apéro.

 Les pertuis charentais sont un super terrain de jeu pour un petit bateau avec aussi peu de tirant d'eau. On se fait peu de soucis avec les rochers, vasières, parcs à huîtres et bouchots. Mais on doit faire avec la marée. Le plus pratique est de s'amarrer à un corps mort qu'on rejoint en kayak. Le plus souvent, on part de la plage 1h30 avant la marée haute et on revient 1h30 après, si ce n'est pas trop tard pour l'apéro. Un pare battage glissé sous la coque sert à rouler le bateau sur les cailloux pour atteindre l'eau ou pour en sortir.

En plus d'avoir navigué surtout à l'étal, nous avons eu de la chance d'avoir pas mal de vent, ce qui fait qu'on n'a pas trop senti l'effet des courants.

Le nouveau sac à voile : 6,5x1,2 m de toile de store avec une bande de velcro sur les bords

Nous n'avons pas fait d'itinérant cette fois. Si bien que nous nous sommes limités à la zone entre le Fort Boyard, le Fort Enet et l'île d'Aix. Ca laisse des envies pour une nouvelle venue. A vélo, on avait découvert le camping de Boyardville idéalement placé et avenant, confirmé par un article de Roger Barnes (Dinghy cruising association) paru dans Chasse Marée. Il vantait aussi le bivouac dans la baie de Gatseau. 

Ce sera pour une autre fois. Peut-être avec les enfants qui auront grandit. Pour le moment, ce n'est pas pour eux. Quand ça avance, ils sont impressionnés. Et quand ça n'avance pas, ils se lassent vite et regrettent les chateaux de sable, les coquillages, les baignades, ... la vraie vie quoi !

La veille de la traversée retour, les conditions sont vraiment chouettes. Vent force 4-5, du soleil. On tire 1 superbe bord vers le Fort Boyard avec LA grosse trouvaille: le canoë gonflable-canapé. A la fin du bord retour, on shunte pour regagner un peu au vent et récupérer un autre équipage. Malheureusement... On serre trop le vent avant la manoeuvre. Je ne suis pas assez attentif. La voile prend à contre avant de frapper le va-et-vient. Je tarde trop avant d'affaler. On prend carrément à contre et la voile appuie sur le mât qui finit par se coucher sous la contrainte. On regarde le mât souffrir. Il ne se déboite pas au pied (comme cela s'est parfois produit par le passé) et on ne démâte pas. Forcément, le mât finit par casser à la base. Fin de la navigation... Et continuation de l'apprentissage:

  • Bien veiller à laisser du jeu à la sécurité du pied de mât pour permettre le démâtage
  • Garder des petites seringues d'époxy pour réparer

A la rame, on ne parvient qu'à lutter contre le vent sans réussir à se rapprocher du bord. Un petit trimaran au mouillage a la bontée de nous remorquer pour les quelques dizaines de mètres qui manquaient.

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réparation de la DDE sur la plage

Au bord, avec les copains de la DDE, on recolle les morceaux avec des petites seringues d'époxy. C'est que demain, il faut traverser.

Le dernier jour on se lève tôt pour partir 1h30 avant la marée haute afin d'atteindre la cale de la mise à l'eau avant que l'eau ne se retire.

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C'est un peu tendus que l'on fait du prés dans du vent léger. Sans vitesse, sans dérive ni gouvernail, notre cap est dégueulasse.

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En passant près de la Pointe de la Fumée, on découvre une cale de mise à l'eau. La marée est haute dans quelques minutes. On met le cap dessus. Il y a vraiment peu d'eau. On se faufile entre les cailloux et ça racle un peu. En à peu près 1 heure, le matériel est démonté et rangé. 

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Encore une fois, on s'est fait de bons souvenirs.