Petit résumé:
vent:                         0 à 3 beaufort
mer:                          houle < 1m serrée
météo:                       beau et chaud
vitesse max:               8.7 Noeuds
distance parcourue:     10 miles
galères:                     shunts moches, pas assez de vent pour planer en planche, une ligne de kite cassée.
bivouac:                    *
                                sur la plage aux tracteurs qui ramassent les mégots le matin.
                             

Récit illustré:

Après les baignades du matin, après le bol de semoule au bouillon cube de 11 heures, on quitte la plage avec l'idée de rejoindre le village à 4 km pour remplir le jerrican d'eau. La journée d'hier à 2 noeuds sous le cagnard nous a marqué. 

GOPR3582

En sortant de la baie, le vent de Est-Sud-Est forcit. On passe rapidement à un petit force 3. Ca avance bien, à 6 noeuds au portant. L'idée de rallier Porquerolles pour trouver de l'eau douce est abandonnée. Cap au nord vers le continent.

Les manoeuvres sont aussi mauvaises qu'hier.

On a du mal à abattre autant qu'on le voudrait. Toujours sans gouvernail, gréement mal réglé et bateau bien chargé, on a l'impression que la houle nous oriente entre le largue et le travers.

C'est la première vraie expérience de navigation en prao pour l'équipage. Il est en perte de repères. Ca fait du bien au moniteur de voile de se retrouver dans la peau du débutant.

Le soir, on repose le bateau sur la plage habituelle car le bosco doit arriver dans la soirée. Notre engin atypique attire les badauds. L'équipage déplore que ce ne soient pas souvent les jolies minettes. Nous faisons tout de même de belles rencontres de passionnés de voile: 

André a accompagné l'histoire de la planche à voile et navigué tout autour de la planète. C'est fini depuis une violente luxation de l'épaule dans la baston au large de Naxos. 1 heure passée dans les vagues à surveiller où flotte son bras. Heureusement pour lui qu'un planchiste l'a croisé puis trainé 1 heure durant jusqu'au rivage. Selon lui, le meilleur spot est un peu au sud de Seattle, sur l'estuaire de la Columbia. Des bords de largue dans les vagues et le courant qui fait remonter le vent... C'est à moins de 18 heures de vélo de Port Townsend, patrie de Russel Brown et son magnifique Jzerro. La côte nord-ouest des Etats-Unis gagne à être connue.

Un couple a parcouru les mers du monde pendant plus de 50 ans. Leur dernier bateau fut un cata de 45 pieds qu'ils ont construit. Ils connaissent le prao. Mais pour eux, un prao est un prao Atlantique de course de la génération de Cheers ou Tahiti Douche. Le notre, avec son gréement mobile les intrigue. Je suis à moitié surpris que le prao, dans sa forme océanienne, ne soit pas plus connu. Et je déplore qu'on en soit resté à l'image de "losers" face aux trimarans et catamarans de course. Ce qui est fait pour de la course au large, avec des moyens techniques, humains et financiers illimités ne se décline pas à toutes les échelles. Je persiste à croire que la façon océanienne de faire des bateaux, forgée par des millénaires de pratique par le plus grand peuple de marins de l'histoire de l'humanité, est exceptionnellement performante et accessible pour bien des pratiques. Cette voie n'est pas assez explorée. Avec mon amateurisme de marin d'eau douce, j'entends bien en faire une illustration de plus.
La discussion oscille entre ces considérations et leurs expériences de mer et de chantiers. Avant de nous quitter, en bons marins, ils nous souhaitent bon vent, bonne mer et nous indiquent la meilleure pizzéria des environs.